
EXPO-TRACT N°01
En 1968 un petit groupe de cinéastes invente les Ciné-Tracts, un manifeste est produit qui commence ainsi : “contester-proposer-choquer-informer-interroger-affirmer-convaincre-penser-crier-dénoncer-cultiver afin de susciter la discussion et l’action ». Ces petits Film-Tracts utilisent la forme « film » pour mettre en perspective les mouvements sociaux, les violences policières et étatiques, la ségrégation raciale, les guerres d’indépendances… Les Expo-Tracts empruntent le titre et cette idée d’un art politique et agissant, militant sans être encarté, prenant parti pour les minorités et les luttes contre l’injustice.
Expo-Tract n°01 investit un problème actuel infini, celui de la « colonisation de remplacement » qui a lieu en Amérique et en Palestine. Cette colonisation consiste à remplacer une population par une autre en faisant comme si la première n’avait jamais été là. Pour ces colons, les indiens et les palestiniens n’ont jamais existé. Et sur ces terres qu’ils volent il n’y a jamais rien eu – « c’est un monde neuf !». A cette logique coloniale, Expo-Tract n°01 s’oppose artistiquement pour participer à une politique de l’espace, pour faire passer, faire parler, faire circuler des idées. Des idées pour décoloniser la pensée, pour rêver et imaginer un monde et des sociétés sans classes et sans Etats. Pour dénoncer des injustices, des génocides, des cosmocides, et contester un instinct de mort mondialisé qui a pour nom « capitalisme ».
La série de peintures et de livres présentés ici utilise les codes esthétiques de l’abstraction gestuelle, du street art et de la figuration libre pour explorer toutes les dimensions de la ligne. Comment une ligne devient figure, et comment une figure redevient ligne ? Comment une ligne devient écriture et comment elle l’évite ? Comment l’écriture s’apprête à redevenir ligne, ou à devenir figure ? Ces histoires de lignes s’articulent avec des zones d’aplat et des zones de chaos pour composer un espace plastique se tenant à la limite de l'abstraction et de la figuration. L’âpreté du propos qui cherche à faire parler l’horreur du monde actuel n’enlève rien, et ne doit rien enlever aux joies de l’art. C’est le mot d’ordre d’Expo-Tract : l’art a pour rôle de dénoncer et de faire rire, de crier et de faire chanter, de contester et de proposer… Face aux forces d’anéantissement et de destruction que cette civilisation mondiale du « jeter-aller » nous impose la peinture doit s’opposer avec ses moyens : lignes et couleurs.













